La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

26.12.2007

( Le gouvernement d' Uribe n'offre pas de perspective de paix )

Juan Carlos Tanus, coordinateur de l’Association des Colombiens au Venezuela.

Votre association est investie en faveur d’un accord humanitaire. Comment réagissez-vous à l’annonce des FARC de libérer trois de leurs otages ?

Juan Carlos Tanus. C’est une grande joie. Ces libérations sont le fruit des efforts réalisés par les médiations du président Hugo Chavez et de la sénatrice Piedad Cordoba, et des mouvements pour la paix nationaux et internationaux. C’est un geste de bonne volonté mais aussi le produit d’une pression internationale cumulée pour résoudre enfin le conflit colombien. Aujourd’hui, nous partageons également la tristesse des Colombiens dont les proches sont toujours détenus. Il ne faut pas désespérer car ces futures libérations sont porteuses de promesses.

Les médiations de Hugo Chavez et de Piedad Cordoba comptent-elles ?

Juan Carlos Tanus. Indiscutablement. Elles reflètent également l’échec du projet de « sécurité démocratique » du président Alvaro Uribe. Ces cinq dernières années, vingt-six détenus aux mains des insurgés ont été assassinés. Excepté pour deux personnes, le ministre des Affaires étrangères, Fernando Araujo, et le sous-lieutenant de la police nationale, Jhon Pinchao, toutes les autres opérations militaires pour sauver les otages ont échoué. Durant quatre-vingt-dix-huit jours, les médiations de la sénatrice Cordoba et du président Chavez ont démontré que la concertation est possible. Ou du moins, la première étape de ce que pourrait être une initiative de paix, à savoir l’accord humanitaire…

Comment construire durablement la paix en Colombie ?

Juan Carlos Tanus. La paix, ce n’est pas l’absence des fusils. Les insurgés pourraient se démobiliser, rendre leurs armes, avancer leurs revendications, mais s’il n’y a pas de réponse en termes d’éducation, de santé, de logement, de travail, de meilleures conditions de vie, alors il n’y aura pas la paix. Durant la période de la violence, les guérilleros qui se sont réinsérés ont été assassinés. Dans les années quatre-vingt-dix, sept mille six cents hommes, issus de plus de cinq groupes d’insurgés, se sont démobilisés. Mais il n’y a pas eu la paix. Au contraire. Les zones où ils opéraient sont devenues des labo- ratoires de conflit. Le président Uribe n’a pas fait avancer d’un pas le dossier du social. La Colombie est le pays qui, aujourd’hui, compte le plus fort taux de personnes déplacées, le nombre le plus élevés de syndicalistes assassinés et d’indigènes persécutés. Le gouvernement d’Uribe n’offre pas de perspective de paix.

Dans ces conditions, - comment l’accord humanitaire pourrait-il voir le jour ?

Juan Carlos Tanus. Nous voulons croire qu’au travers ces trois restitutions, un rapprochement vers la paix pourrait s’amorcer. L’accord humanitaire est un pas vers des tables de négociations. Un moment clé, au sens où il permet aux parties en conflit de s’asseoir autour d’une table. Il ne s’agit pas pour Uribe de changer la Constitution ni pour les insurgés de faire des efforts surhumains. Selon les conventions internationales, l’accord humanitaire est un échange de prisonniers qui a lieu en période de guerre. Même si le président Uribe refuse de reconnaître le caractère belligérant des insurgés, et les FARC, le statut de président à Uribe. Les insurgés sont une composante politique, et Alvaro Uribe, le président qui dirige et légifère. Selon nous, ce sont les intérêts humains, la collectivité, le peuple colombien qui doivent primer.

Comment les choses vont-elles désormais évoluer ?

Juan Carlos Tanus. Dans la mesure où les pressions internationales avancent, les acteurs devront céder. Car ni l’État n’élimine la guérilla ni la guérilla ne parvient à anéantir le gouvernement. Dans cette guerre, les principaux perdants sont les civils. Il faut insister dans cette voie et jeter des ponts. Chavez ne doit pas baisser la garde. La sénatrice Piedad, en dépit des menaces, doit poursuivre son engagement en faveur de l’accord humanitaire. La pression, on le sait, est une forme de lobbying. Il faut sortir enfin de la spirale de la guerre.

Quel crédit accordez-vous aux articles de presse affirmant qu’Ingrid Betancourt se trouverait au Venezuela, ou encore faisant état de camps d’entraînements des FARC sur ce sol ?

Juan Carlos Tanus. Il est inévitable que le conflit colombien s’infiltre en territoire vénézuélien. Personne ne peut méconnaître qu’il y a par exemple perméabilité du narcotrafic, des secteurs paramilitaires et des insurgés. Quant à l’existence de campements de la guérilla, j’en doute. Le Venezuela est un petit pays où la garde nationale est importante. La nouvelle aurait été connue depuis longtemps. Il en va de même concernant le fait qu’Ingrid et d’autres otages seraient en zone vénézuélienne. Selon moi, ce sont des spéculations. Au coeur de toute guerre, on trouve toujours une guerre de désinformation.

Entretien réalisé par C.C.

l' Huma du 24 / 12 / 07

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu